Rencontre avec Bruno Barillon : la station d’épuration de demain

Bruno Barillon est Responsable R&D Pôle Traitement et Valorisation des Effluents au CIRSEE

Quels sont les systèmes d’épuration utilisés aujourd’hui ?

Le système le plus courant est le traitement par boues activées. Le principe ? Des bactéries vont dégrader la matière organique – principalement le carbone et les nutriments tels que l’azote et le phosphore – contenue dans les eaux usées. Ce traitement nécessite l’apport d’oxygène et donc d’énergie et, dans certains cas, de réactifs chimiques.

Quelles différences avec la station d’épuration de demain ?

La station d’épuration de demain limitera ses besoins en énergie. L’objectif : être auto-suffisante et même productrice d’énergie. Comment ? En valorisant par exemple l’énergie contenue dans les eaux usées. Pourquoi oxyder le carbone des eaux usées en utilisant de l’air et le transformer en CO2 alors que ce carbone pourrait être avantageusement récupéré et valorisé sous forme de biogaz ? Il s’agit aussi de valoriser et/ou recycler des composés dont les ressources sont limitées tels que le phosphore et certains métaux dans un souci de gestion durable de ces ressources. Cette STEP doit aussi répondre à de nouveaux enjeux de traitement de substances tels que les micropolluants (substances prioritaires et émergentes) dans le but de préserver les milieux récepteurs et ce, pour répondre et anticiper l’évolution des réglementations nationales et européennes. Plus globalement, cette station d’épuration d’un nouveau genre doit impérativement limiter ses impacts sur l’environnement, notamment ceux liés aux émissions de gaz à effet de serre et présenter de nouvelles fonctionnalités (réutilisation des eaux, production d’énergie..) pour une meilleure intégration dans le paysage urbain (design des bâtiments, aménagements paysagers…) et une meilleure appropriation sociale : la STEP abandonne son image parfois nuisible (nuisances visuelles, olfactives…) pour devenir une source de valorisation, au cœur de la ville.

Sur quels points précis portent votre action, vos recherches ? Sur quels aspects le Groupe focalise-t-il son action de recherche et d’innovation ?

Ces dernières années, nos recherches ont beaucoup porté sur la thématique des micropolluants (caractérisation des flux et des impacts sur le milieu récepteur et sur la ressource, développement de procédés de traitement appropriés…), sur l’optimisation énergétique des procédés existants et sur l’évaluation des impacts environnementaux de ces procédés. Aujourd’hui, à travers le Programme de recherche “STEP de Demain” elles se posent naturellement sur le développement de nouveaux procédés de traitement permettant de répondre à l’enjeu de production d’énergie et de gestion plus durable des ressources. Sans oublier une gestion plus avancée de notre parc de stations d’épuration (stations “intelligentes”) et sur une gestion plus intégrée du système d’assainissement global, incluant réseau et station d’épuration. Enfin, nous travaillons aussi au développement de systèmes plus décentralisés et compacts répondant à des besoins de traitement de la pollution à la source ou à l’échelle d’un quartier.

Comment réalisez-vous votre mission ? Travaillez-vous avec des partenaires externes, des organismes publics et privés ? Si oui, quels en sont les bénéfices ?

Ma mission, qui est celle de la réalisation de projets R&D pour répondre aux orientations stratégiques définies par le Groupe, se fait par le biais de financements internes et externes au Groupe. Nous bénéficions d’un réseau scientifique bien établi et collaborons régulièrement avec des financeurs extérieurs dans le cadre de projets à portée nationale (avec des financements Agences de l’Eau, ONEMA, ANR, FUI…) ou internationale (financements Climate-KIC, SPIRE,…).

Notre recherche n’a pas pour finalité la recherche fondamentale mais bien de pouvoir proposer des services à nos clients, ce qui nécessite une adaptation à nos métiers de solutions techniques innovantes ou de rupture. Les collaborations que nous avons avec des partenaires extérieurs clés permettent de bénéficier d’un réseau d’experts scientifiques de renommée internationale et d’être à la pointe de l’innovation dans les domaines de l’eau et des déchets.

 

crédits : SUEZ – Aquaviva

ZOOM SUR UN PARTENARIAT EXEMPLAIRE AVEC ALEXANDRE GALI SERRA, (PHD, CHEMISTRY)

Dans le cadre d’un programme de recherche mené par le SUEZ et portant sur la “STEP de demain”, CETaqua Espagne, a lancé le projet LIFE NECOVERY (Nutrient and energy recovery in wastewater treatment plants by pre-concentration and adsorption technologies) en partenariat avec Avecom, une société « spin-off » de l’université de Gand en Belgique. Son objectif ? Démontrer, au moyen d’un prototype, la faisabilité technique, économique et environnementale d’un schéma de traitement innovant permettant la concentration du carbone pour maximiser la production de biogaz et donc d’énergie et la récupération de nutriments pour l’utilisation d’engrais. Par ailleurs, l’alliance avec des experts externes est essentielle pour mener à bien tous les projets de CETaqua. C’est pourquoi il est partenaire des meilleures universités et centres de recherches en Espagne. Le résultat ? Des collaborations fructueuses qui offrent l’identification de technologies différentes complémentaires et particulièrement utiles au Groupe.