Patrick Deixonne, Expédition 7e Continent

Patrick Deixonne est Navigateur Explorateur chef de mission des Expéditions 7e Continent et Membre de la Société des Explorateurs Français œuvrant pour un océan préservé de la pollution plastique.

  • Comment est née l’aventure Expédition 7e Continent ?

  • Tout a démarré après avoir effectué la traversée de l’Atlantique à la rame en solitaire, j’y avais observé de nombreux déchets en plastique. A mon retour à terre, je me suis informé et renseigné sur la découverte de Charles Moore de ce continent de déchets plastique en plein cœur du Pacifique. Je suis allé le rencontrer et je voulais m’assurer de son existence, constater l’ampleur de la catastrophe. Nous avons donc lancé la première expédition en 2013 avec un budget serré, un petit bateau, aucun partenaire et seulement un scientifique à bord. Une fois sur les lieux, j’ai ressenti comme un électrochoc. Imaginez des tonnes de morceaux de plastique flottant au beau milieu de l’océan, rassemblés en une immense plaque de déchets par les courants : une effrayante soupe de plastique. De retour en France, j’ai pu constater que l’effroyable vérité était inconnue du grand public : nous devions réveiller les consciences. Il y avait donc un gros travail de sensibilisation à faire auprès de l’opinion publique, mais aussi des scientifiques et des politiques.

 

  • Expédition 7e Continent a repris la mer le 15 mai dernier, direction la Mer des Sargasses en Atlantique Nord. Quels sont les enjeux de cette nouvelle expédition ?

Le premier enjeu est scientifique : avec cette nouvelle expédition, les plus grands organismes de recherche français mobilisent leurs moyens techniques et humains. Les algues sargasses se servent-elles des déchets pour proliférer ? Y-a-t-il un lien entre la « gélification » des océans (la prolifération des méduses) et la pollution massive par le plastique des océans ? De quoi se compose la « plastisfère », cette vie qui se développe au milieu des polluants organiques persistants comme les virus, bactéries, agents pathogènes…, y prolifère et se déplace dans les déchets plastique ?… Ce sont autant de questions sur lesquelles ils se pencheront pendant et après l’expédition.

Le deuxième enjeu est bien sûr pédagogique : pour symboliser la dispersion des déchets depuis le continent et frapper les consciences, nous organisons des étapes de mobilisation publique de nettoyage et de collecte des déchets à terre. Dans ce but, l’expédition fera notamment étape le long de l’arc antillais francophone et une équipe fera de même le long de la Seine pour des opérations de sensibilisation avec le public et les scolaires. Par ailleurs, les actions de l’expédition seront, nous l’espérons, largement médiatisées afin de toucher le plus grand nombre.

Le dernier enjeu est l’action : il est urgent d’agir sur la question de la gestion des déchets et sur les solutions alternatives au plastique pour supprimer la dispersion à la source.

  • Quel est le rôle d’un partenariat comme celui que vous avez signé avec SUEZ ?

Qu’un groupe tel que SUEZ, spécialisé dans l’eau et les déchets, vive l’aventure à nos côtés est extrêmement important pour nous. C’est un partenariat majeur avec lequel nous pouvons élaborer des solutions concrètes. Il est fini le temps de la dénonciation et de la confrontation ONG/entreprises, place aujourd’hui à la réconciliation et à l’action. Rien ne peut se faire sans la communion de toutes les parties prenantes : les aventuriers découvrent, les scientifiques démontrent, les populations réagissent, les industriels innovent et les politiques règlementent. C’est en nous rassemblant que nous parviendrons à trouver des pistes d’amélioration et mettre en place des solutions efficaces. Dans la perspective de la conférence sur le climat ParisClimat2015, générant une mobilisation nationale et internationale pour l’environnement, il est grand temps de COMPRENDRE, d’EXPLIQUER et d’AGIR.

  • Etes-vous confiant en l’avenir ?

Bien sûr mais il faut changer les mentalités. Dans ce sens, ce n’est pas parce que l’on n’est pas chercheur, que l’on ne peut pas apporter sa pierre à l’édifice. Nous avons tous un rôle à jouer dans ce combat contre la pollution plastique. Je rêve d’opérations, comme en menait le Commandant Cousteau qui rassemblait des scientifiques, des aventuriers mais aussi des peintres, des écrivains… Les messages délivrés s’adressaient ainsi à une multitude de personnes d’horizons divers. Nos expéditions tendent à rassembler tous ces potentiels. C’est de cette manière que nous pourrons toucher le plus grand nombre. Par ailleurs, les enfants sont la chance de demain. S’ils sont éduqués dans le respect de l’environnement, les bons gestes deviendront pour eux et leurs enfants, des automatismes, contrairement aux générations précédentes qui n’ont pas été éduquées dans ce sens. En cela, je crois fermement.

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